Bel article paru sur le blog http://theatreetcie06.fr

GUEULE D’AMOUR GAINSBOURG FOR EVER DE MYRIAM GRELARD – THEATRE FRANCIS GAG – NICE – LE 21 OCTOBRE 2017

PROCHAINS SPECTACLES : THEATRE DE LA CITE – NICE 16 NOVEMBRE 2017 / THEATRE DE L’AVANT-SCENE – VENCE LE 2 DECEMBRE A 21H ET LE 3 DECEMBRE A 16H
Mise en scène : François CRACOSKY
Distribution : Myriam GRELARD
Compagnie : Les Scènes D’argens

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Fumée, de la fumée. Beaucoup. De cigarette. Une fumée qui cache une partie du décor : celui des femmes de la vie de Serge GAINSBOURG. On ne les voit pas mais elles sont là, les plus représentatives, à travers des vêtements accrochés sur la noblesse d’une branche d’arbre. La fumée qui arrive par bouffées, puissante et altière, est un élément essentiel de la mise en scène tant elle est devenue l’acolyte, l’ombre, la fiancée dont Serge est tombée éperdument amoureux à ses treize ans et qu’il n’a plus jamais quittée. Aucun des deux n’a plus jamais lâché l’autre : une fidélité sans faille, ni concession. Elle l’a conquis dans ce début d’adolescence là où Lucien GINSBURG a commencé à s’évader dans le monde des dessins, des contes, de la peinture. C’est cette fumée aux contours d’une belle et intrigante Gitane qui, dès les premières secondes du spectacles de Myriam GRELARD, apparaît. Juste derrière, on distingue le costume classique et sage du GAINSBOURG d’avant BIRKIN, timide, terriblement timide. Qui est celui qui se cache derrière la fumée ? Dans ce costume ? La symphonie n°3 de Johannes BRAHMS dont s’est inspiré GAINSBOURG pour Baby Alone in Babyone égrène les notes empruntées à une musique classique qui a bercé son enfance, comme tout au long de sa vie et à l’égard de laquelle il se sentait, si humble, si minable : “J’aime la grande musique. Moi, je fais de la petite musique. De la musiquette. Un art mineur. Donc, j’emprunte.”
La façon dont Myriam GRELARD et François CROCOSKY ont introduit l’histoire de ce artiste s’inscrit déjà dans une réussite. L’émotion est palpable. Serge est incroyablement présent. C’est une indescriptible sensation très étrange, forte et émouvante.
De la fumée sort une dame âgée, chapeau à voilette, manteau noir et blanc à carreaux, tremblotant sur une canne. Une dame digne et affable qui n’est autre que Liliane GINSBURG, la sœur jumelle de Lucien. Myriam GRELARD incarne cette Liliane qui, au fil du spectacle, va narrer l’histoire de son frère puis se glisser, au gré des rencontres, et avec une incroyable aisance, dans les vêtements, les corps, les voix, les âmes des femmes de sa vie. Des femmes qui, tour à tour, vont le mettre en valeur, non pas GAINSBARRE mais l’artiste, le poète, l’homme délicat à l’élégance féline et raffinée et à la sensibilité à fleur de peau. Ces femmes qu’il a profondément aimées en leur écrivant des chansons absolument sublimes vers lesquelles il était incapable d’aller : “ce sont elles qui viennent me chercher, je suis trop timide”.
Quelle meilleure idée que celle de faire raconter l’histoire de cet homme, hors du commun, par sa sœur jumelle, la seule à avoir été, avec Lucien, en quelque sorte, un couple avant l’heure dans l’univers intra-utérin.

Parce que l’œuvre musicale et la vie de Serge GAINSBOURG sont proprement indissociables, de façon tout à fait appropriée, va s’intercaler l’extrait d’une de ses chansons destinée à illustrer ses origines, son enfance, sa famille, l’omniprésence de la musique et du chant, son désir inassouvi de perfection, sa profonde souffrance liée à une gueule qu’il ne pouvait supporter, Mme Arthur, Le Touquet et My funny Valentine de Chet BAKER, Michèle ARNAUD et le Cabaret le Milord l’arsouille, Juliette GRECO, Edith PIAF, France GALL, Brigitte BARDOT, Jane BIRKIN, son changement de look orchestré par cette dernière, Charlotte GAINSBOURG.

Et puis, au crépuscule de sa vie, un GAINSBOURG qui, avant de prendre son aller simple pour l’autre côté, donne la vie à LULU tout en sauvant BAMBOU de la drogue, ses Feuilles mortes, les siennes, qu’il aimait beaucoup et le Requiem pour un con écrit pour Le Pacha de Georges LAUTNER, lui aussi inspiré du quatrième mouvement de la symphonie n°9 d’Antonin DVORAK. Tout est passé à la vitesse d’une comète. On aurait aimé rester encore avec lui, avec Myriam GRELARD qui a réalisé, dans une mise en scène épurée qui a su coller au plus près de l’écriture de ce spectacle tout en lui donnant tout son sens, le défi de partager avec le public l’ébouriffant et bouleversant parcours d’un homme méconnu qui portait un masque : celui de n’en avoir rien à foutre alors qu’il en allait tout autrement. Serge GAINSBOURG avait de l’amour à revendre, c’est pour ça qu’il nous touche et nous touchera toujours. S’il n’a pas su le faire en parlant, il l’a fait en chantant, en écrivant des chansons, des musiques de films où, pour peu d’être sensible et de savoir écouter, on sent, là, au-delà du génie, dans les notes, les mots, tous ces mots, un homme qui avait gardé son âme d’enfant (celui qu’il n’a jamais cessé d’être), un homme d’une incroyable générosité, blessé et désabusé par la violence et la méchanceté du monde qu’il avait un mal fou à supporter. Un homme qui, si parfois il les rudoyait dans ses moments de dépression, aimait les femmes les sublimant par une œuvre généreuse, sagace et puissante dont la postérité n’a pas pris une ride, bien au contraire. Que Myriam GRELARD ait voulu que ces mêmes femmes rendent hommage à l’homme qui les avait si bien aimées n’en est que plus estimable et précieux.

Dans l’interprétation de Myriam GRELARD transparaît toute la sincérité, l’admiration, la tendresse et le respect pour Serge GAINSBOURGet son monde. Jane BIRKIN et Charlotte GAINSBOURG sont, à ce titre, particulièrement émouvantes ainsi que Brigitte BARDOT dans son drap blanc symbolisant la plus belle chanson d’amour qui ait pu être écrite pour une des plus belles femmes du monde mais où l’amour physique est sans issue. Une variation sur le même thème probablement liée à son tout premier amour avec une petite fille de huit ans aux yeux verts, Béatrice, rencontrée à l’âge de dix ans un 14 juillet 1938 en Normandie et qu’il n’a jamais plus revue. En quelque sorte, le “Rosebud” de Charles Foster KANE, ce nostalgique bouton de rose métaphorique, cette perte d’une valeur inestimable : celle d’un amour pur et absolu qui s’est définitivement ancré dans sa vie d’homme et dans l’intégralité de sa créativité. “On pourrait en faire des variations à l’infini”, c’est ce qu’il a fait. 2017-10-22 13.33.17.jpg

2 avril 1991. Vingt cinq ans qu’il a tiré sa révérence et toujours aussi présent. La compagnie Les Scènes d’Argens a d’ailleurs créé, en cette occasion, ce spectacle pour lui rendre hommage. Qu’elle en soit remerciée.

Et surtout, pas besoin d’apprécier Serge GAINSBOURG pour aller découvrir ce magnifique spectacle et cette gueule d’amour, comme aimait à lui dire Brigitte BARDOT.
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